Green Deal Cimentier

L’industrie cimentière française s’apprête à signer un “Green Deal” avec l’Etat. L’objectif de cet “Engagement pour une croissance verte” est d’augmenter encore la part des déchets biomasse valorisables dans le process industriel des cimenteries.

De longue date déjà, l’industrie cimentière est engagée dans l’économie circulaire. Une politique d’autant plus logique que la production de ciment est une industrie locale, même si le matériau peut être amené à voyager, une fois sa fabrication achevée. Ainsi, la filière valorise, chaque année, près de 3,5 Mt de déchets. Et ceci, de deux manières. Tout d’abord, en remplacement partiel des constituants de base du ciment (calcaire et argile) : il s’agit de la valorisation “matière”. Ensuite, en remplacement des combustibles fossiles (coke de pétrole, charbon, fioul lourd) : c’est la valorisation énergétique. A ce niveau, en 2015, le taux de substitution atteignait déjà 38 % en moyenne pour l’ensemble des cimenteries françaises. Mais la filière souhaite faire passer ce taux à 50 % dans les années, qui viennent. Le projet de Green Deal, que le Syndicat français de l’industrie cimentière (Sfic) espère signer, en juin prochain, avec le ministère de l’Environnement, devrait favoriser et faciliter la réalisation de cet objectif. La démarche a été présentée à l’occasion des Rencontres de l’industrie cimentière, organisées à Paris, fin janvier dernier.

Mais de quoi s’agit-il ? Le Green Deal ou “Engagement pour une croissance verte” constitue une démarche volontaire et réciproque entre l’Etat et les entreprises en vue de lever, de manière pragmatique, les freins et autres barrières à l’économie circulaire. Dans le cas présent, l’engagement est inspiré des Green Deals néerlandais, qui ont servi de modèle…

Il vaut mieux recycler que valoriser

En France, quatre engagements pour une croissance verte ont déjà été signés, le 27 avril 2016. Dans le domaine de la construction, ils concernent le recyclage et la valorisation des déchets de plâtre, et le recyclage des granulats et des matériaux de construction inertes. Les autres engagements ont vu la création d’une filière de recyclage et de valorisation du verre acrylique, et la reprise et le recyclage des uniformes et des textiles professionnels.

« La signature du Green Deal cimentier constituera le premier pas de notre engagement et devra encore être formalisée », souligne Raoul de Parisot, président du Sfic. Cet engagement doit, avant tout, permettre à la profession d’accroître la valorisation énergétique de déchets biomasse issus de la démolition et des chantiers. Il s’agit de matières, qui n’ont pu faire l’objet d’un recyclage. « Dans tous les cas, il est préférable de réutiliser ou de recycler, plutôt que de réaliser une valorisation énergétique », rappelle Michel André, président de l’Union nationale des industriels de carrières et matériaux de construction (Unicem). Avec l’accroissement de la valorisation, la filière devra aussi augmenter la capacité de traitement des déchets dans ses cimenteries, en particulier par la réalisation d’investissements de mises à niveau ou de création d’ateliers spécialisés.

On enfouit une partie du bois

A travers son Green Deal, l’industrie cimentière souhaite augmenter de 45 % la quantité de déchets non dangereux de type “biomasse” dès l’horizon 2020 par rapport aux volumes valorisés en 2015. Ceci correspondrait à une hausse de l’ordre de 40 000 t. L’engagement a donc vocation à impulser l’instauration d’une filière de mise à disposition des déchets biomasse issus des chantiers et de la démolition. Et par extension, d’encourager la déconstruction sélective, voire d’instaurer des lots dédiés à la gestion des déchets dans les marchés publics.

Une des sources de déchets pour les cimenteries semble être le bois de déconstruction. « Nos plates-formes en stockent des quantités phénoménales et nous ne savons pas qu’en faire », rappelle Didier Michel, administrateur du Syndicat national des entreprises de démolition (Sned) et vice-président du Syndicat des recycleurs du BTP (SRBTP). Et Nicolas Meyre, membre du groupe de travail “Combustibles et matières de substitution” au sein l’Association technique de l’industrie des liants hydrauliques (Atilh), de regretter : « Aujourd’hui, on enfouit une partie de ce bois, ce qui est anormal ». Alors même que ce matériau est idéal pour être valorisé dans les fours de cimenteries. Ce constat ne signifie pas que le bois est exclu de la filière cimentière, mais juste que le potentiel en est sous-exploité. Une non-utilisation liée à des difficultés d’approvisionnement : parfois les plates-formes de recyclage sont éloignées des cimenteries, dont certaines ne sont pas, en plus, en mesure d’accepter ce type de produits.

Le CSR comme ressource intéressante

Le bois est aussi un matériau léger, qui ne se transporte pas bien sur de distances trop longues. « Il ne faut pas que le carburant consommé pour le transport soit supérieur à l’énergie que le bois pourra délivrer au moment de sa valorisation », souligne Nicolas Meyre. L’aspect économique ne doit pas non plus être exclu de l’équation. Et en ce moment, il n’est pas favorable au bois, comme l’indique Didier Michel : « Le prix du pétrole a baissé. Il est donc devenu moins intéressant de consommer du bois… » Le dernier avantage touchant la valorisation du bois est d’ordre chimique. En effet, l’ensemble de la fraction minérale des déchets (variant entre 15 % et 25 %) s’intègre dans la composition du clinker et du ciment. Compte tenu de la température de la flamme du four (2 200 °C), le procédé cimentier ne rejette ni cendre, ni mâchefer. Il utilise en totalité, aussi bien la composition matière que le pouvoir calorifique des déchets. Ceci, sans générer de déchets ultimes, soit une double valorisation : matière et énergétique.

Les Combustibles solides de récupération (CSR) représentent une autre source intéressante de “matières premières” valorisables. Ces éléments, composés de déchets non recyclables de type plastiques, mousses ou bois souillés méritent de voir une augmentation de leur flux en cimenterie. « Nous sommes un peu en retard dans la valorisation des CSR, par rapport à d’autres pays », admet Nicolas Meyre.

Des nouvelles actions

En augmentant la part d’énergie issue des déchets, l’industrie cimentière contribue à la moindre consommation d’énergies fossiles, come cela est prévu dans la loi relative à la Transition Energétique pour la croissance verte. Loi qui prévoit une réduction de l’ordre de 30 % d’ici à 2030. En parallèle, l’objectif est d’augmenter la part d’énergie renouvelable consommée : + 23% à l’horizon 2020 et + 32 % en 2030. Ainsi, la hausse significative de la part d’énergie originaire des déchets biomasse permettrait à l’industrie cimentière de réduire ses émissions CO2 au niveau national et de limiter, de facto, son empreinte environnementale.

Pour la filière, le Green Deal doit entraîner des actions nouvelles, comme le détaille Michel André : « L’Unicem s’est déjà lancée dans la cartographie de l’ensemble des carrières et des sites engagés dans le recyclage. Pour sa part, l’Union nationale des producteurs de granulats (UNPG) a mis en place des actions de sensibilisation. Quant à l’Etat, sa mission sera de faire respecter la réglementation ». Et il ne faut pas oublier le Syndicat national du béton prêt à l’emploi (SNBPE), qui joue un rôle important dans les évolutions normatives. La prochaine version de la norme béton NF EN 206/CN devra permettre une utilisation encore plus large des granulats issus du recyclage. « Ce projet d’engagement pour la croissance verte permet une reconnaissance de nos actions sur l’économie circulaire. Cette nouvelle étape favorise une vision partagée entre les industriels et l’Etat sur les enjeux de la valorisation des déchets biomasse en cimenterie », conclut Raoul de Parisot.

Frédéric Gluzicki

Publié dans le CBPC n°931-932 du 04-2017
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